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Vous pouvez lire cet article… et, si vous en ressentez le besoin, écouter ma conférence offerte en parallèle :

Oser des fêtes sans « crise » ni « silence”

Avoir raison ou être heureux : pourquoi votre couple ne peut pas tout avoir

Avez-vous déjà remarqué cette étrange facilité avec laquelle nous pouvons nous déchirer pour des détails qui, vus de l’extérieur, semblent dérisoires ?

Je ne parle pas ici des grands débats existentiels sur l’avenir du monde.

Je parle de l’heure du départ pour le déjeuner chez les beaux-parents qui déclenche un silence glacial dans la voiture.

Ou de cette remarque anodine sur la gestion du budget cadeaux qui suffit à ruiner l’ambiance d’un dimanche après-midi.

Pourquoi ces moments, censés nous réunir, deviennent-ils le terreau de nos conflits les plus épuisants ?

En tant que thérapeute de couple depuis 15 ans, j’observe ce phénomène quotidiennement.

Et je vais vous partager une vérité qui peut être difficile à entendre, mais qui est libératrice : dans un couple, on ne peut pas avoir raison ET être heureux en même temps.

Il faut choisir.

Car vouloir avoir raison à tout prix, c’est accepter de perdre un peu de la relation à chaque « victoire ».

Le piège invisible : pourquoi nous glissons vers le champ de bataille

Dans ces moments de stress, sans nous en rendre compte, nous quittons le terrain de l’amour pour entrer sur un champ de bataille.

Nous cherchons désespérément à valider notre point de vue :

  • Avoir raison sur les faits (« Je t’avais dit 14h, pas 14h30 »).
  • Avoir raison sur la méthode (« Ce n’est pas comme ça qu’on plie le linge »).
  • Avoir raison sur « qui en fait le plus ».

Mais derrière cette lutte d’ego se cache un mécanisme psychologique puissant et souvent inconscient : le Triangle Dramatique (ou triangle de Karpman).

Victime, Sauveur, Persécuteur : quel costume portez-vous ?

Lorsque la tension monte, nous enfilons, souvent par automatisme lié à notre enfance ou nos blessures, l’un de ces trois « costumes ».

Ce ne sont pas votre identité, ce sont des armures de défense.

1. La Victime : « C’est trop pour moi »

Ce n’est pas forcément la personne qui pleure dans un coin.

C’est plus subtil. La Victime se sent dépassée.

  • Les signes : Des soupirs répétés, des phrases comme « De toute façon, avec moi, ça ne marche jamais » ou une fausse flatterie pour se dédouaner (« Toi tu le fais tellement mieux que moi… »).
  • Le danger : En refusant de prendre sa puissance, la Victime stagne et finit par agacer ceux dont elle cherche le soutien.

2. Le Sauveur : « Je vais le faire pour toi (et t’en vouloir après) »

C’est le rôle le plus valorisé socialement, mais c’est un piège.

Le Sauveur veut être utile pour se sentir aimable.

  • Les signes : Donner des conseils non sollicités (« Tu devrais faire comme ci… »), anticiper des besoins que l’autre n’a pas exprimés.
  • Le danger : Le Sauveur finit toujours par s’épuiser.
  • Et cet épuisement se transforme en amertume : « Après tout ce que j’ai fait pour toi ! ».

3. Le Persécuteur : « Tu ne m’écoutes jamais »

On imagine souvent un tyran, mais le Persécuteur est souvent juste quelqu’un qui a peur du chaos et des standards élevés.

  • Les signes : Un ton sec, cassant.
  • L’usage des mots « Toujours » ou « Jamais ».
  • L’ironie mordante sur une tâche ménagère mal faite.
  • Le danger : Il obtient peut-être l’obéissance sur le moment, mais il perd la connexion.
  • Il braque l’autre.

Le drame, c’est que nous tournons.

Je commence ma journée en Sauveur (je prépare tout).

Personne ne dit merci, je glisse en Victime (je me sens exploitée).

Mon conjoint fait une remarque, je bascule en Persécuteur (je l’agresse).

Est-ce que cela résonne pour vous ? 🙂

Le pouvoir de dire STOP

Comment sortir de ce cercle infernal ? La clé réside dans le courage de désobéir à votre ego qui hurle « Si tu t’arrêtes maintenant, tu as perdu ».

Oser la paix, c’est dire : « Je refuse de continuer sur ce terrain car je nous aime trop pour nous laisser nous déchirer. »

Ce « STOP » n’est pas une fuite ou une bouderie.

C’est un acte de protection de la relation.

C’est décider d’être le gardien du lien quand l’autre n’en est plus capable.

À cet instant précis, vous coupez l’alimentation énergétique du conflit.

Vers le Triangle Compassionnel : transformez votre relation

Stephen Karpman lui-même a théorisé la sortie de ce jeu : le Triangle Compassionnel.

Il ne s’agit pas de pitié, mais d’une posture active pour transformer l’énergie du conflit en énergie de lien.

Voici comment remplacer vos vieux costumes :

  1. Au lieu de Sauver ➔ Choisissez la Bienveillance Ne faites pas à la place de l’autre. Dites plutôt : « Je vois que c’est difficile pour toi, et j’ai confiance en ta capacité à gérer ça. » Vous rendez à l’autre sa dignité d’adulte.
  2. Au lieu de subir en Victime ➔ Choisissez la Vulnérabilité C’est le courage immense de dire « Je me sens triste » ou « J’ai peur », sans ajouter « C’est de ta faute ».
  3. C’est exprimer un besoin pur.
  4. Au lieu d’agresser en Persécuteur ➔ Choisissez la Puissance La vraie puissance est calme.
  5. Elle pose des limites claires et exprime des valeurs fortes, sans écraser.
  6. C’est la fermeté du phare qui guide, pas celle du marteau qui brise.

Et maintenant ?

Sur le papier, ces attitudes (Bienveillance, Vulnérabilité, Puissance) semblent évidentes.

Mais soyons honnêtes : le savoir est une chose, le faire en est une autre, surtout quand la fatigue est là.

Sortir de ces schémas qui se répètent demande une véritable rééducation émotionnelle.

C’est un muscle qui se travaille chaque jour.

Si vous sentez que vous tournez en rond dans ces scénarios malgré votre amour, si les mêmes disputes reviennent comme un vieux disque rayé, sachez que vous n’êtes pas seuls.

Comprendre votre propre mécanisme interne est la première étape pour que votre couple (re)devienne un terrain de jeu et non plus un terrain de lutte.

 

Allez plus loin en écoutant ma conférence sur ce sujet :

Oser des fêtes sans « crise » ni « silence”

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